À vole de dragon

La tempête n’était qu’à une brassée d’aile. Elle avait déjà commencé à tournoyer, créant de grands courants qui ramenaient tout vers sa gueule. Tiamé se laissa porter, acceptant le défi lancé par les bourrasques.

Le vent rugit comme une bête à qui on manque de respect, et en un instant, Tiamé fut aspiré. Son cœur accéléra, il replia les ailes.

Il ne pouvait pas lutter contre des vents d’une telle vitesse. Il ne dompterait pas cet animal par la force brute.

Il ouvrit légèrement les ailes et la tempête s’y engouffra, le projetant de toute sa force encore plus profondément dans le malstrom. Il replia ses ailes et fila comme une flèche.

La sensation était exaltante. Entre perte de contrôle et maestria, il chevauchait une créature plus fougueuse que le plus indompté des étalons.

La tempête le bringuebalait de droite et de gauche, il n’était qu’un jouet au milieu de la tourmente. À la moindre inattention, la puissance du vent risquait de s’engouffrer dans ses ailes, et lui briserait les os. C’était dangereux, mais son sang vibrait tellement fort dans ses veines en cet instant, qu’il laissa échapper un rugissement de triomphe.

Il vit dans les masses d’air un courant qui formait comme une cheminée, il le prit, entrouvrit les ailes et fut projeté en très haute altitude. Il sentit la pression se relâcher sur ses écailles, et il traversa la couche de nuage.

Le soleil éblouissant frappa ses yeux protégés de son éclat par une seconde paupière. Il gouta un bref instant ce calme, puis replia les ailes et replongea dans l’ouragan.

La grêle le cingla de toute part comme une pluie de flèches, elle ricocha sur ses solides écailles, et il continua de jouer avec le vent. Les rafales auraient arraché un arbre, soulevé une pierre, et lui restait au milieu, comme un gamin inconscient, avide d’éprouver sa force. Il avait au cœur un tel sentiment de liberté qu’aucune remontrance n’aurait pu l’inciter à faire demi-tour.

C’était fou, c’était stupide, c’était enivrant.

Il n’agissait pas sans prudence toutefois. Il n’était pas complètement inconscient. Il aurait suffi qu’il risque un seul battement d’ailes dans un tel orage et il se serait fait écarteler par les vents, broyé par la force des éléments. Alors il se contentait de doser très précisément la prise qu’il offrait aux rafales. Il se roulait en boule pour traverser les bourrasques les plus destructrices, ouvrait très légèrement les ailes pour attraper une colonne d’air.

Et ainsi, ricochant de zéphyr en rafale, comme une feuille dans un torrent, il caracolait dans l’orage.

Un éclat de lumière attira son œil et la foudre tomba. Il la sentit frapper directement son museau. Elle courut le long de sa colonne vertébrale, traversa son corps jusqu’au sol. Cela l’électrisa encore plus. Elle glissa sur sa couverture d’écailles comme l’eau sur les rochers. Il plongea encore plus avant dans la tempête.

Ni la foudre, ni le vent, ne pouvaient rivaliser avec sa virtuosité.

L’ouragan devint son terrain de jeu. La tempête lui imposait ses règles de toute la force de sa colère. Mais sa lecture de l’air, son calme et sa soif de sensation contournaient toutes les règles pour ne suivre finalement que les siennes. L’insolence de la jeunesse était sa loi et il pliait l’ouragan à sa seule volonté de jouer avec lui.

Puis, il sentit ses muscles raidir sous l’effort. La force nécessaire pour coller ses ailes à son corps, ne pas laisser le vent s’y engouffrer, ne les ouvrir qu’à la dimension voulue et ne pas laisser les rafales l’écarteler, tout cela demandait une force colossale. La moindre erreur, la moindre inattention lui serait fatale.

Il n’attendit pas de toucher ses limites, chercha une colonne d’air ascendante et l’emprunta. À nouveau il fut catapulté au-dessus des nuages, projeté hors du malstrom. Il alla se poser sur un sommet qui dépassait de la tempête.

Il était essoufflé, ses membres tremblaient sous les derniers efforts pour s’extraire. Mais il se cabra avec un rugissement de victoire, qui résonna dans les vallées du Koyt Marar, ultime bravade jetée à la tempête. Brièvement, son cri lui parut plus fort que les roulements de tonnerre.

L’air froid des sommets lui cingla la face et il riait, exalté de se sentir si vivant et si libre.

Pour poursuivre la lecture :

Extrait 1 : Chapitre 1

Extrait 2 : Une scène de combat

Extrait 3 : Un moment suspendu

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